Chronique de l'album "Marrow Deep", de Mastodon

Chronique de l'album "Marrow Deep", de Mastodon

Sorti en août, "Marrow Deep" est le huitième album studio de Mastodon. Un disque profondément marqué par les épreuves et les pertes qui ont bouleversé la vie de ses membres, où le groupe puise une nouvelle fois dans la douleur et le deuil pour nourrir sa musique.

Chez Mastodon, les épreuves personnelles n’ont jamais été de simples parenthèses dans l’histoire du groupe. La maladie, la perte, le deuil et la confrontation à la mort ont nourri une musique où la douleur se transforme en matière sonore. De "Crack the Skye", marqué par la perte de la sœur de Brann Dailor, à "The Hunter", dont le titre et la chanson éponyme rendent hommage à Brad Hinds, le frère de Brent Hinds, décédé en 2010, puis "Emperor of Sand", qui aborde la maladie et la peur de la mort, Mastodon n’a cessé de puiser dans les épreuves personnelles pour nourrir sa musique. Avec "Hushed and Grim", le deuil de leur manager Nick John, emporté par un cancer en 2018, imprégnait déjà leur musique. Mais les pertes les plus récentes ont donné une nouvelle dimension à cette histoire : après la mort de la mère de Brann Dailor, puis celle de Brent Hinds en août 2025, le groupe a dû composer avec une douleur d’autant plus complexe que les musiciens s’étaient séparés de leur guitariste fondateur quelques mois auparavant. C’est de ces blessures, de ces regrets et de ces liens qui ne s’effacent pas que naît "Marrow Deep". Un album où Mastodon transforme une nouvelle fois le deuil en musique, sans chercher à l’effacer, mais en tentant d’avancer avec lui.

D’ailleurs, le titre "Marrow Deep" n’a rien d’anodin. Il évoque une douleur qui va jusqu’à la moelle, quelque chose d’ancré en soi et dont on ne se débarrasse pas facilement. Une image qui fait écho à l’histoire de Mastodon et donne une résonance particulière à cet album.

Côté artwork, le groupe poursuit ce travail visuel qui accompagne son univers depuis des albums comme "Leviathan, Crack the Skye" ou "Emperor of Sand". L’ensemble joue sur les contrastes entre ténèbres et lumière, avec une dimension presque poétique. Je ne suis pas particulièrement calée en mythologie, mais mes recherches m’ont amenée à découvrir les trois figures représentées en haut de l’illustration : les Moires, divinités grecques qui président au destin. Clotho file le fil de la vie, Lachésis en détermine la longueur et Atropos le tranche. Une découverte qui donne une autre lecture à cette imagerie et fait écho aux thèmes de la perte et de l’inéluctable qui traversent l’album. Paul Romano s'est attaché à rendre cette pochette très colorée et nous impose un côté, à la fois mystique et optimiste : une résurrection après tant de souffrances...

Dès les premières secondes de "Barbarians Blood", une urgence s’impose, portée par une batterie en premier plan qui donne immédiatement le ton. Il y a quelque chose de l’ordre de l’avertissement dans ce rythme qui pousse le morceau vers l’avant. Une tension palpable, qui annonce quelque chose sans basculer dans la violence pure. Beaucoup plus heavy, "Poisonous Weapons" est l’un des titres les plus marquants de cet album. À la fois brut et mélodieux, le morceau trouve son équilibre grâce à la guitare, qui vient faire la passerelle entre ces deux sentiments. Un titre dans l’air du temps pour un groupe qui affiche une belle longévité.

"Your Ghost Again", dont les paroles sont entièrement consacrées à Brent Hinds et s’adressent directement à lui, comme le confie Troy Sanders, bassiste et chanteur, adopte une approche à la fois thrash et directe, tandis que la ligne de basse vient amplifier cet échange et en fait le relais.

"In The Ruins" est une véritable pépite (incomprise) qui m’a profondément touchée, autant par sa mélodie que par ses voix chargées en émotion. Le titre, loin d'être le favori des fans, prend un sens particulier quand on connaît le contexte qui a inspiré le morceau : les ravages de l’ouragan Helene qui ont durement touché Troy Sanders et sa famille, dans une période où Mastodon devait également faire face aux décès de Brent Hinds et de Michele Lawrence, la mère de Brann Dailor. Et pourtant, au milieu de ces épreuves, le morceau évoque presque le calme après la tempête, ce moment où l’on fait le bilan, où l’on regarde ce qu’il reste et où commence le long chemin de la reconstruction.

"Golden Spires" apporte une touche plus mélancolique à l’album. Le morceau trouve naturellement sa place au cœur de cette œuvre qui joue avec les cordes sensibles de la guitare, entre mélodies aériennes et riffs plus lourds. La batterie de Brann Dailor vient bousculer cette douceur, avec un jeu puissant et des changements de rythme qui donnent au morceau toute son intensité.

"Moth And Bone" joue sur les apparences : derrière un chant qui semble léger se cache une véritable complainte, qui monte progressivement en intensité jusqu’à devenir plus féroce. Une subtile touche de synthé vient ajouter une couleur futuriste à l’ensemble, créant un contraste intéressant entre mélancolie et agressivité.

"The Vanishing" (« La disparition ») installe, avec son introduction portée par la basse fuzz de Geezer Butler, une atmosphère mélancolique, presque spleen. Il faut attendre 2 minutes 22 pour entendre les premières lignes de chant, assurées par Joe Duplantier. Cette entrée tardive laisse le morceau prendre son temps et renforce ces émotions : ça nous arrache les triples à la fois de tristesse et de douleur ; une totale réussite !

Les participations viennent également enrichir "Marrow Deep", avec des invités issus d’horizons différents de la scène rock et metal. Josh Homme apparaît sur «"Snakes For Dinner", tandis que Randy Blythe et Nate Newton rejoignent le groupe sur "A Vampire’s Demeanor". "The Vanishing" réunit Geezer Butler et Joe Duplantier, tandis que Neil Fallon intervient sur «"The Three Fates". Autant de collaborations qui viennent apporter d’autres couleurs à l’album.

"The Three Fates" (« Les trois Moires ») fait écho aux symboles de l’artwork. Musicalement, le morceau démarre avec violence avant de s’aventurer vers des sonorités plus jazzy, entrecoupées de passages en chant parlé. Ce n’est clairement pas mon titre préféré, peut-être parce que je n’en ai pas encore compris le sens profond, et qu’il me laisse sur ma « fin ».

Avec "Marrow Deep", Mastodon transforme une nouvelle fois les épreuves personnelles en matière musicale. Entre deuil, absence et reconstruction, le groupe livre un album cohérent et profondément habité. Un excellent disque que nous envoie là Mastodon, où la musique devient un moyen d’avancer sans oublier. 

Un album à avoir assurément dans sa discothèque !

 

Tracklist :

  1. Barbarians Blood
  2. Poisonous Weapons
  3. Your Ghost Again
  4. Snakes For Dinner (feat. Josh Homme)
  5. Out Like A Lamb
  6. In The Ruins
  7. They’re Coming For You
  8. Golden Spires
  9. Moth And Bone
  10. A Vampire’s Demeanor (feat. Randy Blythe & Nate Newton)
  11. The Vanishing (feat. Geezer Butler & Joe Duplantier)
  12. The Three Fates (feat. Neil Fallon)

 

Chronique par Dj.S pour Bastonne!

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