Sadurn dévoile "never tell me" avant la sortie de "The Underworld"
Le groupe américain Sadurn poursuit la présentation de son deuxième album avec "never tell me", un morceau qui met une nouvelle fois en avant la dimension intime de l’écriture de G DeGroot. Intitulé "The Underworld", ce nouvel opus paraîtra le 16 octobre chez Run For Cover Records.
Avec ses premières mesures retenues, puis une progression qui laisse peu à peu davantage de place aux guitares et à l’intensité du groupe, "never tell me" illustre bien la direction empruntée par Sadurn sur ce deuxième long-format. Le morceau conserve cette sensibilité indie folk et alt-country propre au groupe, tout en prenant une ampleur plus électrique lorsque la composition s’emballe.
Le titre n’est d’ailleurs pas une nouveauté dans le répertoire live de Sadurn. Écrit initialement en 2021, il avait été laissé de côté avant d’être repris lorsque la formation actuelle s’est véritablement mise en place. Contrairement aux morceaux de "Radiator", le premier album du groupe, cette nouvelle génération de compositions a été pensée directement avec l’ensemble des musiciens.
C’est aussi ce qui donne à "never tell me" une place particulière dans l’histoire du groupe : le morceau était déjà joué sur scène avant même la publication de "Radiator", et s’est progressivement imposé comme l’un des titres favoris du public. Pour accompagner sa sortie, Sadurn propose un clip aussi étrange que ludique, mettant en scène le groupe devant un improbable public de marionnettes.
Mais derrière cette apparente fantaisie se trouve une chanson née dans une période personnelle particulièrement mouvementée pour G DeGroot. L’écriture a commencé au lendemain d’une rupture et a ensuite accompagné plusieurs années compliquées, marquées notamment par des problèmes de santé et des difficultés vocales. Ces épreuves ont profondément influencé la conception de "The Underworld", dont le titre fait référence à cette traversée des moments les plus sombres avant une possible renaissance
Découvre la vidéo "never tell me" :
Le nouvel album aura ainsi nécessité plusieurs années de travail. Alors que les premières sessions avaient débuté en 2024, les problèmes vocaux de G DeGroot ont contraint Sadurn à interrompre le processus. Une longue période de recul, de voyages et de travail personnel a finalement permis au groupe de reprendre les enregistrements et de terminer le disque.
"The Underworld" – Tracklist :
- the weight
- after we went under the bridge
- never tell me
- can't stop
- mess
- the map
- why does my heart
- whole thing
- only angels
Musicalement, "The Underworld" devrait prolonger l’évolution entamée depuis "Radiator", avec des morceaux davantage conçus pour fonctionner au sein d’un véritable groupe. Les guitares de Jon Cox, la batterie d’Amelia Swain et la basse de Tabitha Ahnert participent ainsi à une approche plus collective, sans pour autant faire disparaître le caractère fragile et introspectif qui constitue l’une des signatures de Sadurn.
Line-up :
- G DeGroot – chant, guitare
- Jon Cox – guitare
- Amelia Swain – batterie
- Tabitha Ahnert – basse
"The Underworld" sortira le 16 octobre via Run For Cover Records.
Biographie :
De nombreux auteurs-compositeurs vous diront que la musique est un exutoire, une manière de digérer et de transformer ce que l’on vit. Pour une raison mystérieuse, presque alchimique, la musique peut parfois exprimer ce que les mots seuls ne parviennent pas à dire. C’était vrai pour G DeGroot de Sadurn — jusqu’à ce que cela ne le soit plus. Privé·e de la capacité de chanter au moment même où sa musique commençait à toucher un public, DeGroot a dû trouver de nouvelles façons de se reconstruire. C’est de ce voyage émotionnel et spirituel qu’est né le deuxième album de Sadurn, "The Underworld "— un ensemble de chansons profondément personnelles et pourtant immédiatement universelles, le témoignage d’une catharsis durement acquise qui semble à la fois profondément ancrée dans le réel et presque miraculeuse.
Sadurn a commencé en 2017 comme un projet solo de G DeGroot. Dès le départ, leur approche de l’écriture était davantage guidée par l’intuition émotionnelle que par une quelconque ambition d’être entendu·e. « J’ai découvert l’écriture de chansons comme un moyen de mettre des mots sur ma réalité et de la traverser », explique DeGroot. « Souvent, quand quelque chose est difficile à dire, cela vient plus facilement à travers une chanson. C’est un endroit où l’on peut revenir à sa propre vérité. »
Après avoir déménagé à Philadelphie, DeGroot a été rejoint·e par le guitariste Jon Cox, la batteuse Amelia Swain et la bassiste Tabitha Ahnert. Le groupe a enregistré le premier album de Sadurn, Radiator. Après qu’un simple e-mail envoyé spontanément a, de manière inattendue, attiré l’attention du label Run For Cover Records, l’album est sorti en 2022. Malgré les débuts modestes de Sadurn, Radiator a immédiatement trouvé son public et a été acclamé par la critique.
C’était une situation à la fois enthousiasmante et souvent intimidante : soudain, cet exutoire personnel bénéficiait d’un public enthousiaste. « Juste après avoir terminé Radiator, j’avais déjà de nouvelles chansons, mais l’idée qu’il y avait désormais une sorte d’attente a changé les choses négativement pour moi. Une grande partie de mon identité s’était retrouvée liée au groupe, et je me suis laissé·e emporter par la pression de toutes ces idées intériorisées sur ce qui était censé être bon pour moi ou pour ma vie », raconte DeGroot. « Je pense que culturellement, on nous apprend à suivre la machine du succès, et même en tant que musiciens ou artistes, on ne remet pas toujours cela en question — on pense qu’il faut poursuivre sur sa lancée parce que c’est “notre rêve”. »
La pression liée à la sortie d’un deuxième album après un premier disque très bien accueilli n’est pas rare chez les musiciens. Mais pour DeGroot, il ne s’agissait pas simplement de vouloir faire un deuxième album : la question était de savoir si leur corps leur permettrait réellement de le faire. La pression autour du groupe était une chose, mais parallèlement, DeGroot traversait également une rupture particulièrement difficile.
« Tout cela a fini par avoir des conséquences médicales pour moi », explique-t-iel. « J’avais des douleurs chroniques, des problèmes avec ma voix, des troubles digestifs — j’avais l’impression qu’il était urgent de continuer à faire avancer les choses, mais mon corps disait non. »
Le groupe était déterminé à partager ses nouveaux morceaux malgré ces difficultés et a finalement commencé l’enregistrement en janvier 2024. « J’avais l’impression que nous étions déjà en retard », raconte DeGroot. « Mais nous avons fait la même chose que pour Radiator : nous avons loué une maison dans les Poconos avec notre amie Heather [Jones] à la prise de son, afin de pouvoir vraiment nous immerger les un·es dans les autres et nous détendre dans le processus créatif. »
Depuis la sortie de "Radiator", Sadurn avait beaucoup tourné et les progrès accomplis en tant que groupe sur scène commençaient désormais à porter leurs fruits en studio. L’écriture de DeGroot s’était adaptée à une formation complète, la pedal steel, qui constituait l’un des points forts de leurs concerts, trouvait désormais naturellement sa place sur les enregistrements, et le groupe avait développé une cohésion expressive, acquise au fil du temps. Les sessions furent fructueuses et Sadurn prévoyait de terminer les parties vocales lors d’une prochaine session. Mais les problèmes de voix de DeGroot réapparurent.
Le groupe tenta une courte tournée en attendant de pouvoir reprogrammer les séances d’enregistrement. « À la fin de cette semaine-là, je pouvais à peine parler, encore moins chanter », raconte DeGroot. « Ça a duré environ huit mois. »
Les choses avaient atteint un point de rupture, et quelque chose leur disait qu’il était temps de partir. « J’ai commencé à essayer une combinaison de coaching vocal et de thérapie somatique, et je progressais, mais j’ai réalisé que je devais quitter Philadelphie », explique DeGroot. « Je suis parti·e sans vraiment savoir où j’allais. J’ai organisé quelques échanges de travail et j’ai simplement mis l’album de côté. J’ai abandonné l’idée que j’étais en retard sur le disque et j’ai mis de côté ce sentiment d’urgence. Je pense que cela m’a libéré·e. J’ai pratiquement vécu sur la route pendant un an, et c’est à ce moment-là que ma voix a commencé à guérir. »
À mesure que DeGroot retrouvait lentement la capacité de chanter, iel retrouvait également une certaine clarté mentale. Iel commença prudemment à donner de petits concerts intimistes dans des salons privés et renoua avec la pratique de la musique sur scène. Finalement, DeGroot retourna à Philadelphie pour terminer l’enregistrement de ce qui allait devenir "The Underworld". L’album fut ensuite mixé par Mark Watters au Headroom, studio ayant notamment travaillé avec Alex G, Hop Along et Jessica Lea Mayfield.
Lorsque l’album fut enfin terminé, DeGroot se trouvait dans un état d’esprit très différent de celui dans lequel iel se trouvait au début du projet.
« Le disque est clairement né du deuil, du désir, du conflit intérieur… Je ne voudrais pas que les gens pensent que c’est là où j’en suis aujourd’hui. Mais lorsque vous écrivez sur certaines choses, c’est votre manière de les traverser. Et on peut entendre que cela m’a pris beaucoup de temps », explique DeGroot. « Mais c’est peut-être justement la partie la plus importante : nous revenons aux mêmes leçons en spirale, comme si nous ne les avions jamais apprises, et nous devons aussi donner du sens et de la beauté à cela. »
Tout au long de "The Underworld", la vulnérabilité brute des paroles de DeGroot trouve son pendant dans le jeu évocateur de Cox, Ahnert et Swain. Le morceau d’ouverture, « the weight », décrit les premiers stades de la détérioration d’une relation, avec de magnifiques solos de Cox et la voix chaleureuse de DeGroot qui s’entrelace avec eux dans un final ample et cinématographique.
Des morceaux phares comme « mess », « never tell me » ou « whole thing » trouvent un équilibre parfait entre des arrangements luxuriants et des interprétations intimistes, tandis que des titres comme « why does my heart » ou « can’t stop » ajoutent des moments spontanés, enregistrés d’une seule prise, ou une certaine liberté de démo GarageBand qui accompagne parfaitement le désir assumé présent dans l’écriture.
« Après la fin de cette relation, j’avais l’impression qu’une partie sacrée de moi-même ne m’appartenait plus », explique DeGroot. « Écrire ces chansons m’a aidé·e à renouer avec mon esprit et à affronter cette croyance cachée selon laquelle j’avais besoin de quelque chose en dehors de moi pour être en sécurité, être une bonne personne ou être entier·ère. Cette même croyance se reflétait parfaitement dans mon urgence à faire avancer le groupe. Il fallait donc, d’une certaine manière, que je fasse face à tous ces obstacles qui empêchaient de terminer le disque afin de parvenir au bout de cette leçon. Il fallait que je sois forcé·e de le laisser tomber, d’apprendre que je pouvais aller bien sans cette relation, sans savoir si ma voix guérirait un jour ou si le projet continuerait à avancer. C’était un peu une allégorie : j’avais besoin d’apprendre tout cela, puis je pouvais revenir et terminer l’album. »
Le résultat est un album rempli de détails profondément ancrés dans le vécu, terrestre et concret, tout en semblant atteindre quelque chose qui dépasse ce que nous pouvons toucher ou voir — une œuvre hautement personnelle et métaphysique consacrée au fait de revenir à soi, racontée à travers l’une des expériences les plus universelles qui soient.
Peut-être qu’aucune chanson ne capture mieux l’ampleur musicale et lyrique de "The Underworld" que le morceau qui clôt l’album, « only angels ». Longue de huit minutes, la chanson se déploie méthodiquement. Sa première moitié est dépouillée et délicate, composée uniquement de la voix de DeGroot et d’une guitare acoustique. Chaque accord et chaque syllabe semblent placés avec intention et chargés d’émotion.
Puis, au bout de quatre minutes, la basse et la batterie entrent enfin en scène, suivies du violon, puis des harmonies vocales. La chanson gagne progressivement en intensité, s’étendant et enveloppant l’auditeur comme une prise de conscience qu’il n’est désormais plus possible d’éviter : les choses ont changé pour de bon, et l’acceptation est la seule voie possible.
« Le monde souterrain, c’est les périodes difficiles, mais c’est aussi le fait de revenir », explique DeGroot. « On entre dans le monde souterrain pour trouver de la clarté sur son propre être et en ressortir changé·e. C’est fondamentalement ma conception de la guérison. Il ne s’agit pas de se complaire dans la souffrance, mais il faut avancer vers l’obscurité pour pouvoir la transformer et sortir de l’immobilité. C’est ainsi que l’on découvre ses pouvoirs les plus importants. »
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