Bastonne! rencontre Blackrain : immersion dans "Orphans of the Light"
Bastonne! : Bonjour SWAN, comment vas-tu ? si tu permets que l’on se tutoie ?
- Swan : Oui, ça va super ! Beaucoup d'interviews ; ça occupe !
Tu vis toujours en Suède ?
- Oui oui. Ca fait déjà dix ans que j'y vis et je ne prévois pas de revenir !
Nous sommes là pour échanger sur le huitième album studio de Blackrain "Orphans Of The Light" ; après vos, déjà, vingt ans de carrière ! Bastonne! l'a adoré ! On l'ouvre avec "Dreams" comme on écouterait la bande originale d'un film.
- C'est très gentil et ça me fait plaisir d'entendre de tels compliments. Je ne vais pas te mentir, "Dreams " est la chanson préférée des quatre membres du groupe ! Donc je pense qu'on a fait une chanson pas trop mal. C'est aussi la chanson du clip que l'on va sortir le 16 janvier ; on attend ça avec impatience ! On a hâte de le dévoiler aux fans, et à ceux qui vont nous découvrir. C'est une chanson différente de ce qu'on a eu l'habitude de faire dans le passé... Pour nous, ce sera une surprise de voir la réaction des gens. Jusqu’à présent, d’après les retours que nous avons eus en interview, c’est le titre qui fait l’unanimité.
Je ne suis pas étonnée et en même temps, c'est assez flatteur, ça démontre que nous n'avons pas une oreille complètement à côté !
- (Rires) Ah ben tu sais, on ne sait jamais ! Nous ça nous arrive souvent de sortir des singles qu'on a sélectionné parce qu'on les aime beaucoup et qu'au final, ce ne sont pas ceux que les gens ont préféré !
Pour moi, dans ce titre, il y a tout dedans ! C'est une madeleine de Proust, qui nous renvoie dans les années 80' où l'on avait les Guns de la belle époque ; le pur Hard Rock, avec ses solos de guitares, ses ponts, ses coupures. C'est passionnant ! Il nous envoie du rêve, comme le scénario d'un film... On resterait presque bloqué sur ce premier titre !
- Si on avait eu plus de moyens, on aurait fait un clip à la Guns N' Roses , style November Rain ; mais nous sommes ni en Amérique, ni dans les années 80, on ne peut pas se le permettre, mais on a quand même réussi à faire un clip vraiment très beau ! Il sortira le 16 janvier et je pense que les gens auront plaisir à le regarder et à l'écouter. Mais c'est vrai que la structure est différente de ce que nous avons l'habitude de faire. On ne s'est pas fixé de limites ; on a vraiment construit une chanson avec une dynamique assez unique, qui rappelle, effectivement, comme tu le soulignes, les années 80 voire même 70 ! Je me réfère souvent à Meat Loaf ou encore à Queen, entre autre...
Ce n’est pas le seul titre qui nous embarque comme ça et nous renvoie à d’autres références. À l’écoute de “Unleash The Fury”, j’entends clairement du AC/DC dès l’ouverture. Est-ce que certains riffs vous connectent encore spontanément à l’énergie de ces grands classiques ?
- Ah c'est étonnant ! Personnellement, je me serais référé au style AC/DC , sur "Crack The Sky". Avec "Unleash The Fury", mon idée était de faire un truc style B.O. année 80 et je ne pensais pas du tout à eux quand j'ai fait cette chanson, mais ce sont des références qui font plaisir !
On découvre des choses passionnantes au fil de l’écoute de cet album… On peut imaginer que la “patte” BlackRain a évolué avec l’arrivée, assez récente, de Jerem G et de Franky (ex-Dagoba), notamment dans la manière de travailler ?
- Oui, c’est assez récent. Pour Franky, c’est même le premier album auquel il participe à 100 %. On a vraiment le plaisir d’avoir du 100 % Franky Costanza sur cet opus.
En revanche, Jerem est arrivé en cours de processus : il n’y a donc pas ses solos sur toutes les chansons, ni toutes ses idées. Il a contribué à une bonne moitié de l’album.
Mais ce n’est pas un problème, parce que ça nous fait aussi très plaisir d’avoir les derniers solos de Max 2 sur ce disque, notamment sur “Dreams”, dont on parlait tout à l’heure, et qui contient le tout dernier solo de guitare, qu’il a enregistré avec nous. Le prochain album, en revanche, sera composé à 100 % par le line-up actuel.
Ce qui est intéressant, lorsqu'on écoute l'album dans son intégralité, c'est que nous avons une batterie et une guitare qui ne s'affrontent pas ; qui jouent en parallèle et ça donne un bel équilibre à l'ensemble !
- Ecoute, c'est ce qu'on essaie de faire. On évite d'être trop dans la technique ; une remarque qu'on a fait à Franky au début, car on trouvait qu'il n'en mettait pas assez sur ces fûts dans Blackrain, en comparaison de ce qu'on peut attendre d'un "Franck Costanza" ! Mais son but et d'être au service de la chanson, et d'éviter, d'en rajouter inutilement. C'est ce qui donne cet équilibre aux instruments. Ils servent la musique, sans l'étouffer. Et si tu me dis ça, c'est qu'on a réussi l'exercice.
Quand on débarque sur la Piste 5 : "Meandres de L Instinct", on est surpris d'entendre le refrain en français ! Ça ne vous manque pas un peu de vous exprimer dans votre langue ?
- Non, pas du tout. Disons que ça fait quelques années qu’on avait cette idée de faire une chanson en français, ou partiellement en français… Mais avec le style de Blackrain ; c’est-à-dire un ADN hard rock très années 80 . C’est compliqué de chanter en français. Toutes les chansons ne s’y prêtent pas, et ça peut vite sonner dans un registre à la Sortilège, Manigance ou ADX, ces groupes cultes des années 80. Même si on adore ces groupes, ce n’est pas ce qu’on recherche pour Blackrain. Ce n’est pas notre identité musicale. Le français est une langue très difficile à traiter intelligemment. Il nous a donc fallu du temps pour trouver la bonne chanson, la bonne mélodie, et surtout des paroles qui ne soient pas “idiotes”. J'ai trouvé que l'exercice était assez difficile ; et c'est pour cela que ça nous a pris de nombreux années avant de concrétiser la chose. Là, on eu l'impression que les conditions étaient réunies ; on a donc essayé, et on est assez satisfait du résultat ! Étonnement, les fans semblent être très positifs face à ce titre. Et c'était ma volonté que la chanson ne soit pas en totalité en français. Il ne faut pas oublier qu'on a une fanbase éparpillée dans le monde et je n'ai pas envie de perturber tous nos fans étrangers !
Quand tu dis avoir peur que le texte en français sonne un peu “bébête”, c’est aussi parce que, chez vous, le sens des mots est primordial. Pourtant, on pourrait te rétorquer l’inverse : lorsqu’on passe par une traduction anglais–français, le résultat n’est pas toujours une réussite non plus.
— C’est exactement pour ça que je tiens ce propos. Ce sont deux langues différentes qui ne se traduisent pas littéralement. Le français possède plus de nuances, et donc un sens souvent plus profond. Ça demande beaucoup plus de travail de manier le texte, alors que nous, on pense et on écrit nos paroles directement en anglais.
Vous menez aussi une promotion assez originale autour de cet album : depuis le mois de juin, vous dévoilez un nouveau titre chaque mois, systématiquement accompagné d’un clip vidéo. On en est déjà au huitième extrait, avec "Dreams", sur un album qui en compte quatorze. Pourquoi cette stratégie ? Est-ce difficile de proposer directement un album ?
- Complètement ! C'est tout à fait la raison. Le fait de sortir des singles, c'est pas nouveau, on l'a toujours fait ; même si à l'époque on parlait plus de 45 tours.
La nouveauté, c'est qu'on l'a fait pour sept titres, ici, et c'est énorme ; surtout qu'on les accompagne de vidéos ! On le fait pour s'adapter à la manière dont les gens consomment la musique aujourd'hui ; notamment via les plateformes musicales qui ont permis cela. Le revers de cela est qu'on prête moins d'attention à cette musique, ou on y passe moins de temps à l'écouter. On s'attarde sur le premier, le second titre et on passe à autre chose. Il n'y a plus beaucoup de gens qui écoutent un album dans son intégralité, et pour nous, ce serait comme jeter la moitié de notre album. Du coup, avec un single tous les mois, les gens restent attentifs et nous on reste visible.
En même temps, c'est être très productif et courageux que de nous proposer un album avec autant de titres ! Et comme disait "Mouss" de Mass Hystéria :" mieux vaut sortir un deux fois 7 titres qu'un album avec 12/13 chansons, que les gens zapperont à la moitié " (Ceux qu'ils ont fait avec le Part I et Part II).
- (rires) Oui, le raisonnement est le même. Après je m'estime chanceux d'avoir connu l'époque sans internet ; d'avoir connu les disquaires et d'attendre le jour J pour aller acheter ma galette, mes cassettes, avec mon argent de poche. C'est une chance ce temps où tu prenais le temps de tout dévorer. Je regrette un peu ce temps-là, celui où on écoutait la musique.
Vous avez des choses à dire, mine de rien. Quels thèmes et quelles émotions guident votre processus créatif ?
- Ce sont toujours nos thèmes principaux qui font référence à nos vies personnelles, à la société dans laquelle on vit ; ce sont des anecdotes parfois liées au Cinéma. Avec Blackrain, nous sommes très influencés par David Lynch. c'est une de nos références. Je suis un fan absolu de Twin Peaks, je n'arrive pas à sortir de cette série... Elle transcende notre musique.
Vingt de carrière, pour rappel ; huit albums studio, et des écrits de plus en plus directs, plus tranchants... Cette maturité musicale, vous l'exploitez comment ?
- Cette maturité influence notre auto-critique. On est exigeant, en reprenant, point par point chaque chose, en changeant tout ce qui pourrait être amélioré ! On fait cela sur tout : nos performances personnelles, l'enregistrement, dans la composition des chansons... On est constamment à la recherche de la mélodie parfaite; celle qui touchera le plus de monde, qui nous donnera des émotions. Nous sommes toujours dans cette recherche.
Mais quand vous composez, vous pensez d'abord à vous ou d'abord au public ?
- En premier lieu, à ce qui nous touche personnellement, de fait. Quand je trouve une mélodie et que je tente de faire un morceau avec, c'est qu'elle me touche. Ensuite, il y a certaines chansons qui sont réfléchies pour la scène. À chaque fois, on pense aux chansons qui prendront toute leur ampleur sur scène, comme "Crack The Sky".
J'espère pouvoir voir "Dreams" en live !
- C'est prévu !
L'artiste Swan, que tu as crée, était-ce un besoin et cela apporte-t-il une plus-value à Blackrain ?
- C'est une question assez difficile. Je suis le compositeur principal du groupe ; sans moi, il n'y a pas "Dreams", par exemple. Tu l'as dit, Blackrain est un groupe qui a déjà vingt ans de carrière, et si on dure aussi longtemps, c'est qu'on a trouvé un équilibre et que chacun a trouvé sa place dans ce groupe. À son échelle, chacun apporte sa contribution pour faire fonctionner le tout. Mon boulot, puisque je suis la racine de ce groupe, est de créer les mélodies ; celles autours desquelles on va développer le processus pour arriver à une chanson.
Sur scène, tu passes d'un Blackrain explosif à un Swan plus immersif ; tu le gères comment le passage de l'un à l'autre ?
- Sur scène, j'ai des obligations. Si ça ne tenait qu'à moi, je sauterais de droite à gauche sur la scène, jusqu'au bout ! Mais, je ne peux pas, car le chant de Blackrain est trop intense et ne me permet pas de courir partout. J'ai besoin de garder une certaine concentration, du début à la fin du show. Donc, sur scène, je ne fais pas ce que j'aimerais faire ! Physiquement, je suis obligé de m'économiser et de gérer tout ça.
On pourrait dire que tu n'es pas assez sportif ?
- C'est une raison que je ne nie pas (rires), mais je ne trouve pas le temps, dans ma vie, d'aller dans une salle de sport. Entre la musique et la famille... Mais je l'avoue, c'est un manque de ma part.
Tu es honnête ! À l'heure actuelle, vous arrivez à vivre de votre musique, finalement ?
- Non, pas du tout ! On a tous nos taf à côté ! Franky et Jerem sont dans la musique, et Pour Matt et moi-même, ce n'est pas quelque chose qui nous intéresse, d'être intermittent du spectacle. On gagne un peu d'argent mais cet argent est réinvesti dans les projets du groupe. Cela nous permet de le faire grandir.
Donc tu ne pourrais t'exprimer sans ce que tu fais à côté du groupe ?
- Je me vois mal vivre une vie sans cet aspect créatif que me donne la musique et que je retrouve dans mon travail quotidien : le tatouage. Je fais aussi un peu de peinture, et c'est là-dedans que je retrouve un peu de création. Mais créer des mélodies, c'est quelque chose de très spécial et de très addictif ! Je me vois mal m'en passer ; c'est une obsession, parfois.
Tu nous dis que tu fais de la peinture... Tu t'investis dans la création des artworks des albums ?
- Techniquement, je n’ai pas le niveau nécessaire pour créer les visuels des pochettes d’albums ; je ne suis pas assez bon pour ça. Je m’occupe parfois d’artworks plus simples, notamment pour certains singles de Blackrain. En revanche, pour des choses plus complexes, avec des squelettes, des scènes détaillées, etc. ; c’est un artiste Indonésien qui s’en charge. Clairement, ce n’est pas mon domaine.
Après ces vingt ans de scène, c'est toujours aussi plaisant d'aller à la rencontre de son public, quelque que soit la salle ou le festival ?
— On a toujours adoré faire les singes sur scène ! On se réjouit vraiment de ce genre de concerts. Pour le Trianon à Paris, je ne vais pas te mentir, c’est plus gros que nous : le vrai challenge, c’est de réussir à remplir une salle comme celle-là. J’espère sincèrement que les gens répondront présents. On partagera la scène avec Overdrivers et on veut en faire un concert vraiment spécial.
Le souci à Paris, c’est qu’on est souvent très limité sur le plan technique, à cause des réglementations de plus en plus contraignantes. Là, ce sera la première fois, depuis plusieurs années, qu’on pourra proposer un show comme on l’entend vraiment, avec tout ce qu’on a envie de mettre en place sur scène.
Pour le Hellfest, ce sera notre deuxième passage, et on est très heureux de jouer sur la Mainstage 2, juste avant des groupes iconiques comme Iron Maiden, Helloween, ou encore des formations mythiques comme Sortilège ou Ultra Vomit. Nous sommes fiers et on va tout faire pour être à la hauteur de ce festival incroyable.
On prépare aussi pas mal de surprises, aussi bien en concerts qu’en projets, pour 2026. La scène a toujours été essentielle pour Blackrain : on essaie, avec nos moyens, de proposer à chaque fois quelque chose de fort, de sincère et le plus spectaculaire possible.
Bastonne! était là, en juin 2024 au Bikini (Toulouse), lors de votre concert ; nous avions d'ailleurs fait un report sur notre site. Et nous tenions à vous dire, que "Orphans of the Light" est un album qui donne la pêche, que nous avons pris un plaisir inouï à écouter et que nous avons hâte de découvrir en live ! C'est une très belle réussite ! Il est passionnant ! On vous souhaite beaucoup de succès avec et sur scène.
- Merci beaucoup ! Ça me touche énormement ! D'ailleurs, pour ce qui est du "live", le fait d'avoir sorti des singles très tôt, ça nous a permis aussi de travailler et de tester les chansons pour les concerts. À ce jour, tout ce qu'on a essayé, ça fonctionne vraiment bien. Pour le moment, cet album est une réussite pour la scène !
Et la partie scénique justement, vous y attachez quelle part d'importance; la façon dont vous vous présentez au public ?
- On a toujours essayé dans Blackrain de ne pas faire de concerts en ressemblants à nos voisins de palier ! On fait des efforts pour que le public viennent voir un beau spectacle, et pas un concert de Rock, un de plus ! On a d'excellents ingénieurs son et lumière ; on essaye d'ajouter sur scène des choses qui subliment le show. On est très soucieux de ça, oui.
C'est ici qu'on va conclure notre échange, Swan, et je te remercie grandement d'avoir consacrer ce temps à Bastonne! pour répondre à nos questions !
On souhaite à ce huitième album, "Orphans of the Light" le succès qu'il mérite ! Nous avons hâte de découvrir, ce 16 janvier, le dernier clip-vidéo de "Dreams" !
- Merci et j'espère à bientôt dans la région toulonnaise !
Ce sera plutôt le Sud-Ouest pour nous !
Line-Up :
- Matthieu De La Roche (basse)
- Swan Hellion (chant / guitare)
- Franky Costanza (batterie)
Jerem G (guitare)
En attendant de découvrir la prochaine vidéo " Dreams", voici "Is This Live", sortie en décembre 2025 :
Crédit photo : Julien Zannoni
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