Thérapie de groupe(s): MATRASS et ASHEN à Bordeaux

Publié le 11 octobre 2026 à 19:20

Thérapie de groupes : MATRASS et ASHEN à Bordeaux 

Le vendredi 9 octobre, Musiques de Nuit, l'association culturelle du Rocher de Palmer, à Cenon, les Parisiens d’Ashen et les Bordelais de Matrass . Retour sur cette soirée à haute tension.

Le Salon de musiques se remplit sans bruit. Au premier rang, des jeunes adultes et des adolescentes venues pour Ashen retouchent leur maquillage, un dernier nuage de parfum : on ne se présente pas devant son groupe n’importe comment. Autour d’elles, des familles entières, enfants et grands-parents compris, et des curieux venus voir à quoi ressemble ce groupe qui a tant fait parler de lui! Le public est calme, presque sage. Ça ne va pas durer.

Pour assurer la première partie, le choix de Matrass s’imposait presque. Le quintet bordelais arpente la scène locale depuis dix ans et partage avec Ashen un même terrain d’écriture : les conflits intérieurs, les traumatismes, les blessures du passé et la manière dont on s’en relève. Mais là où le metalcore frappe vite et fort, le post-metal de Matrass prend le temps de se construire en alternant clarté et saturation, avec une intensité saisissante.

La salle s’obscurcit et Matrass entre en scène. Le set s’ouvre sur un inédit, "Orbit", et la mise en orbite est immédiate : du haut de l’estrade centrale, Clémentine domine la scène et passe du chant au growl avec une aisance déconcertante. L’enthousiasme du groupe gagne vite la salle. La basse grondait et, chose assez rare pour être soulignée, chaque nuance était fidèlement retranscrite grâce à la qualité acoustique de la salle. Le groupe a offert une performance brute et solide, avec des riffs et des chants alliant pesanteur et légèreté.

Le set, majoritairement en anglais, a fait étonnamment place à deux titres en français, dont “Viyoga” leur dernier single, morceau poignant sur la dissociation traumatique, le titre signifiant “séparation”, comme l'explique la chanteuse. Autre inédit dévoilé ce soir, “Echoes of a Fall”, fut le morceau le plus intime du set : Clémentine l’a écrit pour son frère, et il figurera sur « notre nouvel EP, qui sortira l’année prochaine », confiera-t-elle. De quoi nous réjouir !

Matrass a donc bien préparé le terrain qu’Ashen s’apprêtait à retourner. Eux ne jouaient pourtant pas à domicile: si les fans sont là, beaucoup sont venus par curiosité, pour mettre un visage sur ce nom qui circule depuis le Hellfest 2025 notamment. Formé en 2021, signé chez le label berlinois Out of Line, réputé pour ses artistes inclassables (à commencer par ten56., invité sur l’album, mais aussi Lindemann, N8noface), le groupe a connu une ascension fulgurante. Il suffit de quelques minutes de concert pour comprendre pourquoi.

Entre les deux sets, Tristan est venu tester sa batterie et Nathan (qui a récemment rejoint Ashen en 2025) est venu lui aussi vérifier le bon fonctionnement du matériel, arborant leurs meilleures tenues emocore Y2K  (années 2000). La salle fut ensuite plongée dans le noir et le groupe annonce sa venue telle une erreur système: écrans qui grésillent, son saturé, puis le show démarre sur les premières notes d’"Outlier" (un titre absent de l’album mais devenu incontournable sur scène).

 

Il ne faudra que quelques secondes pour que la salle se laisse emporter par le dynamisme du groupe. Résultat des courses: deux pogos, un wall of death sur “Cover Me Red” et du crowd surfing ! Ashen a su mobiliser petits et grands: un petit garçon a atterri deux fois sur scène et quelques hommes plus âgés étaient dans les moshpits: preuve que leur musique met d’accord toutes les générations. L’énergie était donc au rendez-vous, ce qui a plu à Clem: “Cela faisait longtemps que nous n’avions pas vu ça, nous venons de finir la saison des festivals et ça nous avait manqué”, confiera-t-il.

Le set ne joue pas la surenchère : le groupe sait quand frapper et quand retenir ses coups, alternant titres pesants, ralentis par les breakdowns, et morceaux plus nerveux, lancés à pleine vitesse sur la double pédale de Tristan. Un temps fort de la soirée fut l'interprétation de “Crystal Tears”, écrit il y a un an “pour tous ceux qui se battent”, précise Clem. La salle reprend les paroles en chœur, et l’émotion est palpable. Sur “Sacrifice”, enregistré avec ten56. pour "Chimera" (2025), le groupe assume très bien seul les parties de ses invités, sans oublier de les saluer. La reprise de “Smells Like Teen Spirit”, l’hymne de Nirvana, fait sauter la salle, qui s'époumone. Si cette cover était attendue dans la setlist, leur dernière en date, celle de “Sympathy is a knife” de Charli XCX, a davantage surpris. Réarrangée en metalcore, la pop de "Brat"trouve un second souffle, et le public suit sans hésiter. Autre moment inattendu, sous une rafale de stroboscopes multicolores, le metalcore cède la place au dubstep sans prévenir, tandis que Tristan se jette dans une foule enthousiaste.

Sur scène, personne ne vole la vedette: les membres changent régulièrement de place, Nathan a partagé la batterie avec Tristan et ses growls caverneux ajoutent de l’intensité à ceux de Clem. Côté guitares, Niels et Antoine jouent avec tout le corps : vrilles, coups de pied dans le vide, allers-retours d’un bout à l’autre de la scène. Et pourtant, pas un solo ne déraille. Le light show était également très bien travaillé, chaque chanson avait sa colorimétrie et les blinders balayaient régulièrement tout le public, comme pour lui rappeler sa place essentielle dans le show.

Le final se termine sous les applaudissements et les sifflets des quelque 450 personnes présentes. Niels distribue encore deux checks au premier rang, puis tout le monde se retrouve au stand de merch. Le groupe y restera près d’une heure, à signer des autographes, poser pour des photos/vidéos et échanger avec chacun.e, fans de la première heure comme convertis du soir. Car Ashen est un groupe proche de son public et qui ne fait pas les choses à moitié: que ce soit devant des milliers de personnes en festival ou quelques centaines au Rocher de Palmer, l’investissement reste le même.

Ce soir-là aura été la rencontre de deux groupes, deux langages différents, mais réalisant le même tour de force: faire de thématiques lourdes une célébration. On repart du Rocher de Palmer plus léger qu’on n’y est entré : la thérapie a fonctionné, et on ne saurait trop la recommander. Nous finirons par rappeler le message de Clem qui, après avoir salué la prestation de Matrass, a souligné combien “il est important de se déplacer et de soutenir la musique live”: la rédaction de BASTONNE! ne peut qu’approuver

 

Setlist Matrass :

 

Report écrit par GersendeL. pour Bastonne!

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